Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse de Louise Erdrich

Aujourd’hui j’ai envie de parler d’un roman que j’ai lu il y a un petit moment déjà mais qui m’a vraiment marquée. Offert par ma belle-mère pour mon anniversaire il y a quelques années, je l’ai commencé plusieurs fois sans le terminer. Il y a des livres comme ça qui sont un peu « maudits » : j’avais beau réellement adorer le roman, il y avait toujours un moment où je devais le laisser de côté pour m’occuper d’autre chose. Un jour j’ai décidé de le reprendre et là je l’ai lu d’une traite en dépit de son épaisseur.

Je peux difficilement résumer le sujet du roman sans révéler des éléments-clés, je m’en tiendrai donc au plus simple : l’histoire se déroule dans une réserve indienne, chez les Ojibwés du Dakota du Nord. Un prêtre est dépêché par le Vatican pour enquêter sur les éléments qui permettraient de canoniser une femme, soeur Léopolda, issue d’une des branches tribales, convertie au catholicisme mais dont la personnalité et la vie sont sujettes à des rumeurs contradictoires. Le prêtre de la réserve, le père Damien paraît détenir plusieurs clefs du mystère, il a d’ailleurs sollicité le Vatican à de très nombreuses reprises au sujet de certains événements survenus dans la réserve. L’envoyé du Saint Père va tenter de comprendre quelles sont les réticences de son confrère à la canonisation de la soeur Léopolda, ce faisant il va remuer de nombreux fantômes et aspects troubles de la vie du père Damien et de la population de la réserve.

Le récit est foisonnant, le personnage central, complexe et subtil, a un très lourd secret à cacher mais pas à la lectrice/au lecteur, aux autres personnages : j’ai trouvé ce parti pris vraiment passionnant, il rend la tension plus subtile mais bien réelle. On ne se pose pas vraiment de questions sur ce qu’on va découvrir mais sur ce qui arrivera si le secret du père Damien est révélé. Tout autour de cette intrigue centrale se déroule l’intrigue officielle : celle qui concerne la canonisation de Léopolda, c’est de celle-ci que vont découler les récits liés à l’histoire des familles présentes sur le territoire de la réserve. Louise Erdrich maîtrise son sujet : elle-même d’ascendance partiellement Ojibwée, elle connaît l’histoire et les traditions de ce peuple. Elle connaît également celle des États-Unis et des réserves, de leur mise en place à leur perpétuation aujourd’hui. Le roman est un chant d’amour et de nostalgie : il dit la révolte de celles et ceux qui refusent de s’acculturer, il dit la douleur de celles et ceux qui se sentent appartenir à deux cultures dont l’une écrase l’autre, il dit la force de l’amitié et du respect entre des êtres qui n’ont en commun que l’essentiel : leur humanité, il dit la complexité des êtres. J’ai depuis lu deux autres romans de Louise Erdrich (sur lesquels j’écrirai plus longuement car chacun mérite un article complet), j’ai retrouvé chaque fois ces thèmes servis par une écriture tantôt absolument drôle et tendre, tantôt incisive et dramatique (au sens noble du terme). Les personnages sont attachant.e.s parce que profondément humain.e.s même les lâches et les vil.e.s. Les histoires des diverses familles peuvent être un peu difficile à suivre mais le roman comporte un arbre généalogique qui est d’une aide précieuse. La fin est pour moi à l’image du reste : à la fois grandiose et simple.

J’ai donc eu un énorme coup de cœur pour ce roman tant pour ce qu’il raconte que pour ce qu’il nous enseigne sur un peuple qu’on ne connaît généralement pas. Et évidemment j’ai adoré le père Damien et son secret, si vous le lisez vous saurez pourquoi…

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