Nickel boys de Colson Whitehead

On voit beaucoup d’articles ces derniers temps sur ce roman de Colson Whitehead qui a obtenu un prix Pulitzer bien mérité. Je n’ai pas la prétention d’écrire quelque chose de plus complet ou intéressant, au contraire et je vous invite à en lire le plus possible sur cet auteur. France culture lui a également consacré des émissions.

J’avais juste envie de parler de ce livre parce qu’il m’a plu et m’a touchée. Je l’ai acheté parce que j’avais beaucoup aimé Underground railroad. Nickel boys ne m’a pas déçue. Colson Whitehead part encore une fois de faits réels pour créer son histoire : du scandale suscité par la découverte des horribles sévices infligés aux pensionnaires d’une maison de redressement aux États-Unis, il tire les lieux et le décor de sa Nickel Academy. Envoyé par erreur judiciaire et racisme ordinaire dans la section noire de cet établissement de correction, Elwood, jeune noir idéaliste et brillant élève, exalté par Martin Luther King et la lutte pour les droits civiques, va se trouver confronté à un quotidien de violence et d’injustice. Il se lie d’amitié avec un autre pensionnaire, au caractère pragmatique et désabusé, Turner. Chacun tente de résister à ce qu’ils subissent à la Nickel Academy à sa propre manière.

Colson Whitehead dénonce encore, dans ce nouveau roman, les crimes racistes des États-Unis, ceux du quotidien et de l’ordinaire, ceux qui se cachent sous des apparences de bonnes œuvres. Elwood est particulièrement attachant de par son idéalisme et sa fragilité qui offre pourtant une résistance obstinée à l’injustice. La cruauté, la perversité, la complaisance ou l’aveuglement des surveillants ou autres membres du personnels sont parfaitement abjects et suscitent un dégoût et une colère permanente à la lecture de cette histoire.

Le dénouement ne peut être que terrible, il est bien amené et la construction du roman est très habile, elle tient le lecteur en alerte et en haleine.

Comme le précédent roman de Colson Whitehead, il n’est pas à lire si vous recherchez une lecture légère et joyeuse. Il semble en revanche recommandé si vous aimez comme moi les romans dans la veine de Toni Morrison, la littérature noire états-unienne et les romanciers talentueux qui savent dire l’amitié et l’espoir au cœur de la violence la plus sordide.

Marx et la poupée de Maryam Madjidi

Je viens de refermer ce livre de Maryam Madjidi. Je l’ai dévoré ou plutôt il m’a happée alors que je l’avais embarqué au hasard il y a deux jours pour mes trajets en transports jusqu’au travail. Le livre est inclassable : c’est une autobiographie à coup sûr mais une autobiographie poétique, romanesque, philosophique peut-être. Maryam Madjidi y a tous les âges de sa vie, elle y mêle dans un tourbillon toutes ses émotions, tous ses déchirements et tous ses bonheurs.
Je n’ai pas pu échapper à mon biais d’occidentale : je l’ai lue avec Persepolis en arrière-fond (grande, grande découverte de mon adolescence, la lecture de Persepolis puis son adaptation, par ailleurs). Le rapprochement est facile et presque inévitable pour un lecteur français : deux autrices iraniennes, filles de parents luttant contre le régime, attachées à une grand mère qui les conseille et les entoure d’un amour réconfortant, les parallèles ne manquent pas.
Cependant c’est finalement à mes lectures et écoutes de Gaël Faye, d’Elif Shafak, de Jun Jung Sik, de Fatou Diome ou de Negar Djavadi que ce livre a fait écho. Car Maryam Madjidi dit l’exil comme tant d’autres l’ont dit avant elle et pourtant avec la voix, le parcours toujours unique de celles et ceux qui le vivent. Elle dit la douleur des acculturés, leur éternelle scission en eux-mêmes, leur éternelle impression d’être étranger partout. Le prix terrible de cette double culture que tant leur envient naïvement.
Un très beau livre, qui se lit d’une traite et laisse des sentiments ambivalent d’immense joie mêlée d’une peine infinie. D’espoir né du deuil de tant de choses.

Les seize arbres de la Somme de Lars Mytting

Un roman norvégien pour changer un peu ! Choisi à la très chouette librairie de Chalon-sur-Saône, La Mandragore. J’aime bien suivre les petits coups de cœur des libraires rédigés avec amour, et ce roman en avait un. Je n’ai pas été déçue.

L’histoire commence dans un petit village de Norvège. On y découvre le protagoniste, Edvard Hirifjell, jeune homme de 23 ans qui vit seul avec son grand-père qu’il aide à cultiver des pommes de terre dans une grande exploitation agricole. Ce grand-père l’a élevé depuis que ses parents sont morts tragiquement dans une forêt de la Somme lorsqu’il avait 3 ans. Quand son grand-père disparaît à son tour, Edvard se plonge dans les mystères, les secrets et les non-dits de son histoire familiale. Il découvre petit à petit qu’il va devoir choisir quelles vérités il est prêt à chercher et à découvrir pour se trouver lui-même. Le roman nous plonge tour à tour dans la campagne norvégienne, les rudes îles des Shetlands et les forêts résilientes de la Somme. De même, l’intrigue offre au lecteur un voyage temporel à travers les grands drames européens du XXe siècle, les ravages de deux guerres mondiales sur les parcours individuels.

L’intrigue est habilement menée, comme Edvard on brûle de tout découvrir, de comprendre enfin mais comme lui on appréhende les terribles vérités qu’on peut déterrer à trop fouiller dans ce qui a été enfoui. La mort est très présente dans le roman, elle jalonne les étapes de l’histoire et de l’Histoire. Cependant le livre est également une ode à la beauté de la nature, à ce qui survit aux hommes et à certains liens familiaux riches d’amour parfois insoupçonné, parfois mal exprimé ou entravé. C’est une lecture qui tient en haleine, une quête personnelle émouvante, triste et belle où les tempêtes le disputent aux éclaircies sublimes.

Throwback Thursday livresque

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 27 juin : Musique

Ça y est je me lance dans le « Throwback Thursday livresque », en espérant que j’arrive à être suffisamment assidue pour le faire chaque jeudi…

Aujourd’hui je voudrais donc parler du roman La double vie d’Anna Song de Minh Tran Huy. J’ai emprunté ce roman l’an passé au CDi d’un des lycées dans lesquels je travaillais, après avoir lu un autre roman de cet autrice qui m’avait bien plu. Dans celui qui nous intéresse ici la romancière part d’une histoire vraie, celle de l’affaire autour de la pianiste Joyce Hatto, et nous entraîne dans le monde de la musique, centre de la vie d’Anna. Celle-ci est une héroïne au destin tragique qui n’a jamais pu faire carrière après une mystérieuse atteinte de sa main, l’empêchant de jouer puis à une grave maladie qui l’a affaiblie jusqu’à sa mort précoce. Son mari, Paul Desroches, narrateur de l’histoire est devenu son agent et lui a fait enregistrer des milliers de morceaux dans leur propriété isolée. Ces morceaux ont révélé au public connaisseur une artiste de génie, mystérieuse et insaisissable. L’engouement est devenu spectaculaire mais peu après la mort d’Anna, des soupçons naissent sur l’authenticité de ces enregistrements et un scandale éclate.

Le roman fonctionne sous la forme d’un récit rétrospectif mené par Paul : il retrace l’histoire de son amour pour Anna et sa musique, depuis leur enfance en passant par leur séparation lors du départ d’Anna à l’étranger et jusqu’à sa mort. Ce récit est entrecoupé de coupures de journaux sur l’affaire Anna Song.

Le roman aborde tout à la fois les thèmes de la solitude, de la musique, du déracinement, de l’amour inconditionnel et absolu. On y découvre comme dans d’autres écrits de Minh Tran Huy la difficulté de l’exil des familles vietnamiennes. Surtout, on y lit la passion dévorante d’Anna pour la musique et celle de Paul pour Anna, la musicienne qui a sauvé son enfance triste et donné par ses interprétations du sens à sa vie.

La fin est amenée très délicatement et elle est d’une nostalgie et d’une mélancolie poignantes.

Pour quelques milliards et une roupie de Vikas Swarup

Un roman indien cette fois, acheté lui aussi chez « Raconte-moi la Terre ». C’est la couverture toute colorée qui m’a attirée car je cherchais un roman léger ou drôle. Il était recommandé par l’une des libraires et j’ai vu qu’il s’agissait de l’auteur de Slumdog Millionaire, je n’ai pas lu le livre mais j’ai beaucoup aimé l’adaptation cinématographique.

J’ai retrouvé avec ce roman le côté enlevé, le rythme par épisodes anecdotiques que j’avais apprécié dans Slumdog Millionaire, ainsi que certaines invraisemblances à la Bollywood habilement équilibrées par d’autres aspects beaucoup plus tragiques de l’histoire. Le tourbillon d’évènements incongrus dans lequel Sapna, l’héroïne, se trouve emportée est en fait mené de main de maître pour la conduire à certaines réponses essentielles. Ses aventures sont ancrées dans l’Inde d’aujourd’hui, ce qui est à la fois dépaysant et instructif pour la lectrice/le lecteur, l’essentiel de l’intrigue se déroule à Dehli avec quelques incursions par Mumbai, Nainital ou encore dans un petit village de l’Haryana. On s’attache vite à Sapna et on se laisse tout aussi rapidement entraîner dans des épisodes tour à tour farfelus, drôles, terribles et épiques. La force du roman réside dans cette alchimie bollywoodienne : on rit, on hausse les épaules et la seconde d’après on pleure ou on se ronge les ongles pour retomber dans le rire ou l’incrédulité.

J’ai particulièrement apprécié le rythme du dénouement et certaines de ses surprises, c’est de toute façon un livre qui se lit très vite, pressé.e qu’on est de savoir comment toute cette histoire va tourner.

Pourquoi ce blog ?

Alors, comme j’ai souvent un train de retard (ou 12 en l’occurrence), voilà, je crée mon blog, 15ans après la mode…

J’aime bien la forme du blog, même si je n’ai jamais pu m’astreindre longtemps à tenir un journal l’idée me plaît. En lisant des blogs ou en visitant des sites d’ami.e.s ou de connaissances j’ai réalisé que ça me faisait envie, de partager des expériences.

Ces dernières années, avec mes élèves, j’essaie de trouver un moyen de leur faire lire des livres vers lesquels ielles n’iraient pas spontanément ou tout simplement j’essaie de leur mettre des livres entre les mains. J’ai pu constater que beaucoup d’entre elleux ne lisent pas… Soit parce qu’ielles n’y sont pas habitué.e.s, soit parce qu’ielles en ont été dégouté.e.s. J’ai fait un très triste constat pour une prof de lettres : énormément d’entre elleux m’ont dit avoir aimé lire jusqu’au collège. Puis, avec les lectures obligatoires, ielles se sont éloigné.e.s des livres. Alors bien sûr ielles sont aussi rentré.e.s dans l’ adolescence, ont eu d’autres préoccupations, sont devenu.e.s accro aux réseaux sociaux. Mais pas seulement. Ce qu’ielles m’ont dit/écrit aussi c’est qu’être dépossédé.e.s du choix, du goût, de ce qui spontanément nous fait aller vers tel livre pour s’en voir imposer un et bien ça rend passif.ve.s, et par extension ça tue l’envie. Dans mon métier je cherche comment (re)donner le goût de lire, comment (re)créer l’attrait pour la littérature. Parce que je crois que la littérature peut beaucoup. Je le crois par expérience, je le crois parce que je l’ai lu et vu chez d’autres. La littérature aide à rêver, à fuir, à affronter, à se construire, à vivre, à survivre parfois, à se sentir compris.e.

Voilà pourquoi à titre personnel j’ai envie de partager avec celleux qui le souhaitent aussi mes expériences de lectrice. Parce que beaucoup de mes meilleures lectures sont des partages : celles que quelqu’un.e que j’aime et je respecte m’a conseillée, celle qu’un.e libraire a mise en avant, celle qu’un.e professeur.e documentaliste a mise en avant, celle qu’un.e bibliothécaire a mise en avant, celle que je lis à mes enfants, celle que mes parents m’ont lue, celle que je lis avec mon amoureux à haute voix, celle que je conseille à mes élèves, celle dont je lis le début à mes élèves et que je leur prête ensuite, etc. Pennac finit Chagrin d’école sur l’idée que pour bien enseigner il faut aimer, Beauvoir dit que la littérature nous aide à dépasser ce qui fait de nous des êtres solitaires. Je crois qu’ielles ont tou.te.s les deux raison, profondément.

Si vous êtes encore là après ce grand laïus pontifiant je crois que je vous aime déjà ! Je ne sais pas encore quelle.s forme.s prendront les articles et je suis preneuse de toutes les suggestions.

Parmi mes sources d’inspiration et pour des critiques littéraires régulières et complètes, y compris sur les dernières parutions, je vous invite à aller visiter ce blog : https://livresque78.wordpress.com/a-propos/

P. S. : j’emploie l’écriture inclusive par choix et par conviction. À bon.ne.s entendeu.r.ses…